C'est un tic chez elle, laissé un mot. Je lis, le sourire
aux lèvres :
« Ma chérie,
Ca y est ! Ton rêve va se réaliser ! Tu vas enfin voir ton Ronaldo chéri, et tout cela grâce à ton Loris chéri. (Beaucoup de chéris je trouve ...) Loris a très bien fait les choses, il est très bien, très charmant, je l'apprécie beaucoup. Et j'apprécierais beaucoup un gendre comme ça ...
Enfin, si Ronaldo gagne, tu peux faire la fête. Je sais que tu l'aurais fait quand même mais sans me le dire donc ... Autant te donner la permission. N'oublie pas que tu as 17 ans ma fille. Et donc que tu n'es pas majeure. Mais je sais que tu es raisonnable et que tu ne feras rien de mal, je te connais. Et tu sais ce que j'entends par mal. Enfin, profites bien de ces quelques jours ! Eclate toi ! Parce que ce genre de voyage ne risque pas de se reproduire plusieurs fois ! Vas-y à fond ! Bisous. Love. Mum.
PS : Ton père t'a laissé un mot au dos. »
Je retourne la feuille et reconnaît l'écriture négligée de mon père.
« Ahlàlà, si on m'avait dit que ma fille irait voir une finale de Ligue Des Champions avant moi j'y aurai pas cru et pourtant !! Prends pleins de photos, amuse toi comme une folle (là j'te fais confiance) et on va voir si ton « Ronaldo » chéri va gagner sans tomber hein ! Je chambre là ... Allez gros bisous ma fille. Je t'aime. Papa. »
Boudu, mes parents, toujours les mêmes. Ma mère à fond avec Loris, elle reste sure que c'est mon petit ami, malgré mon insistance sur nos relations purement amicales. Et mon père, qui a la quinte parce que je vais à un match dont il rêve. Ahlàlà Famille de footballeur –sauf ma mère-, mon frère a dû râler quand il l'a appris. Je relis la lettre et m'aperçois enfin que Loris est assis sur mon lit et il me regarde en silence. Ça fait longtemps qu'il attend ? Aucune idée. Mais je le trouve un peu trop parfait. Je range le papier dans le fond de la valise pour éviter qu'il puisse lire les quelques mots de ma mère relativement suspect. Je referme la valise, la sort du lit, la pose au sol et m'assoit à côté de lui. Je sais qu'il regarde le ciel à travers ma fenêtre, je me pose à côté de lui, très proche, sans le toucher, et l'imite. Nous regardons tout les deux le ciel, sans un bruit. Bizarrement, je ne me lasse pas de ce moment, moi qui d'habitude m'ennuie dès que le calme s'installe, là non. J'apprécie. Quelques minutes défilent, sans un seul geste de notre part. Quand il finit par briser ce silence ... « Il serait peut-être temps d'y aller, tu ne crois pas ? » J'approuve d'un hochement de tête et lui offre mon plus beau sourire, auquel il répond d'un clin d'½il aguicheur – trop mignon tout ça-. Il prend ma valise d'une main, la soulève facilement, alors que moi, deux minutes plus tôt, j'avais eu du mal à la faire descendre du lit. Je lui tire la langue et ajoute : « Arrête de faire le malin ! » Il rigole. Je dévale les escaliers, il me suit de près. Je rigole comme une gamine jusqu'à que je m'écroule sur la dernière marche et comme « Musclor » était trop près, il s'écrase sur moi –sur le coup je le déteste-. J'ai plus d'air, plus du tout, mais je rigole encore. J'entends son rire cristallin, j'ouvre enfin mes yeux pour m'apercevoir que son visage n'est qu'à quelques centimètres du mien –voir quelques millimètres- sur le coup, mon rire se calme étrangement vite. Je me sens rougir, je fixe ses lèvres, -si sexy- et ses yeux. Mes yeux verts font des allers-retours : lèvres-yeux-lèvres-yeux ... Je suis tout à fait perdue. Il comprend vite mon manège, je me sens rougir encore plus, il me sourit. A l'instant même, je ne sais plus du tout quoi faire. J'ai très envie de l'embrasser, mais pas maintenant, je sais pas, je sais plus. AHHHHHHH. Je suis perdue. Quelque chose me retient, il doit le deviner car il me dépose un baiser sur mon front –ce qui déclenche des battements de mon c½ur qui risque d'exploser !- il m'offre encore son beau sourire –il veut ma mort ou quoi ?- et roule sur le côté. Nous sommes couchés l'un à côté de l'autre, en bas des escaliers, je réfléchie à ce qui vient de se passer, quand il brise mes pensées « Assez bizarre comme chute je trouve. » A nouveau, ces yeux magnifiques fixent les miens, j'ai du mal à lui répondre. Il le sent. Je respire silencieusement et articule tout doucement : « Je trouve aussi. » Pas très original comme réponse, je l'avoue, mais je suis fière d'avoir réussi à la finir. Il me regarde, se lève sans me lâcher des yeux, une fois debout, il me tend la main, que je prends, il me soulève comme si j'étais toute légère, il a l'air de ne pas sentir mes 58 kilos. Dès que mes pieds retrouvent le sol, je tente de faire comme s'il ne s'était rien passé de louche, je recommence à sourire et à parler de ce qui nous attend. Quand enfin, je repense à ces 5 jours, du vendredi au mardi ? Ou plus ? Je ne sais même pas quand je rentre. Je fais ma curieuse, mais mes ardeurs sont vite calmées : « C'est une surprise, on part ce soir et on rentrera dans plusieurs jours, mais je ne te dirais rien. Je sais juste que même si tu loupes quelques jours de cours, ça ne va pas craindre pour ton excellente moyenne Melle Joy Hynes. » me réplique Loris en emportant ma valise. Je reste donc sans savoir ce qui m'attend. Même si tous mes plans sont déjà tracés. Nous sortons de la maison, il se dirige vers sa voiture, range la valise et prépare des chips pour le trajet d'une heure et demi, de Bayonne jusqu'à l'aéroport de Bordeaux. Je ferme à clé, regarde une dernière fois ma maison, comme si je n'allais plus jamais revenir et m'engouffre dans la voiture. Le trajet commence d'abord silencieux. Puis, j'aperçois la mer, ma mer. Le bruit des vagues, l'air frais et pur. Les galets sur la plage, le beau soleil qui fait brillé ma peau en été. J'ouvre la vitre pour observer ce magnifique paysage que je connais par c½ur mais que je ne me lasse pas de regarder. Mes cheveux châtains dévoilent des reflets acajou grâce au beau soleil. Loris fait une remarque : « Tu fais bronzé ton teint d'espagnole ? » rigole-t-il.
C'est vrai que j'ai le physique typique d'une espagnole : peau mate, cheveux châtains, yeux verts, relativement grande pour une femme et fine. Pourtant, je ne suis pas espagnole mais anglaise : Hynes. Joy Hynes. So British. Mes parents sont anglais, ma mère : Helen Hynes, née McArthur à Leeds, une ville à l'est de Manchester. Un physique purement anglais : le teint clair, les cheveux d'un noir de jais et les yeux verts, comme moi. Mon père, lui, a le même physique que moi : les cheveux clairs, le teint mat, seuls ses yeux sont différents des miens. Lui aussi ne comprend pas d'où lui vient ce physique alors que tout ses ancêtres sont anglais ... Conor Hynes, né lui aussi à Leeds. Mes parents se connaissent depuis tout petit, ils jouaient ensemble au bac à sable. Depuis leurs 14 ans ils sortent ensemble. Le coup de foudre. Ce coup de foudre qui nous a procuré : mon frère Alan, et moi. Tout les deux nés à Leeds. (Décidément.) Je ne me souviens ni de l'Angleterre, ni de sa pluie, ni même d'être passé devant le mythique Old Trafford –ma plus grande déception- surtout quand je me dis que je suis née tout près de mon équipe chérie, et que je pourrais peut-être y aller, mes parents connaissent le pays. Non. Ils sont bloqués sur le sujet. Comme lorsque je demande ce qu'on fait à Bayonne, sur la côte Atlantique française, là aussi, ils se bloquent complètement. Un jour, j'ai voulu savoir. Mon père s'est énervé et a répondu « Arrête de poser ces stupides questions, et ne les repose plus. Tu veux y aller en Angleterre ? Vas-y. Fais ta vie. » Ok Daddy t'es out là. Je veux savoir qu'est ce que tu fous en France !! Pfff. Enfin, je n'ai plus jamais posé de questions. On est ici, à Bayonne, à chanter la Peña Baiona, à faire la fête, à manger du saucisson typique du Sud-Ouest, à parler avec notre superbe accent où le « euh » demeure à toutes les fins de phrase. Enfin, on a une vie superbe ici, même si on n'a pas de famille. C'est triste à Noël mais tout le reste du temps, on a pleins d'amis et les soirées s'enchaînent. Et pour moi, mes amis sont trop perfect pour que je puisse m'imaginer une seconde de fuguer en Angleterre en les laissant. Revenons au sujet ...
Je rigole quelques instants face à son allusion et réponds : « Alors, jaloux de mon bronzage petit portugesh ? » Il rigole, ne détournant pas son regard de la route. Et engage une discussion :
«Avoue t'aimerais bien venir passée des vacances au Portugal ? » J'esquive gentiment. « Avec mon Ronaldo chériiiii ? Oh ouais ! » Il rigole, mais reprend. « Non non grosse folle. » A partir de ça, je peux enclencher sur un autre sujet. « Grosse folle ? Carrément ! Mais t'as un gros problème mon gars ! » Et voilà, on part dans un délire. A se taper comme des gamins, rigoler comme des débiles et s'insulter gentiment comme des CP : « Tête de chat constipé » ou encore « Cul de poule ». C'est très recherché je l'avoue. Même si notre délire n'en fini pas, il ne me regarde pas, jamais. Toujours les yeux fixés sur la route.
La seconde partie du rêve *toujours pas fini* !
Je vous avais dit, il est trèèèès long ! :)
J'espère que ça vous plait toujours.
N'hésitez pas à me donner votre avis
et vos conseils. Bisous.
Morganne.C